Par Romain Béteille

25 janvier 2017

C

‘est une image forte qui a été donnée mercredi 25 janvier à la Cité du Vin à l’occasion d’un déplacement du gagnant des primaires de droite, François Fillon, dans la ville de son ancien challenger. Dans la tourmente à cause des révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi de son épouse en tant qu’assistante parlementaire (et le montant total de 500 000 euros qui auraient été perçus), le favori des présidentielles est resté droit dans ses bottes, en assistant du lancement de DroiteLib’, mouvement lancé en décembre dernier par Virginie Calmels, pour, disait-elle alors, « contrer Emmanuel Macron ».

C’était censé être un lancement heureux. De passage à Bordeaux ce mercredi pour deux visites majeures (le nouveau site de Thalès et la Cité du Vin), François Fillon était au centre de toutes les attentions, mais pas à celui de la scène prévue pour le lancement officiel bordelais du mouvement de Virginie Calmels, baptisé DroiteLib’. La première adjointe était sagement coincée entre les deux, jouant les passeurs entre l’ancien candidat aux présidentielles et celui désigné par le vote des militants de la primaire de droite. Évidemment, c’était un créneau tout trouvé, en marge du caffouillage concernant la participation des primaires de gauche, pour se revendiquer « libéral » et ressortir la défensive et le discours « anti-stigmatisation », fidèle à tous les partis.

Une ligne libérale

Évidemment, DroiteLib’, s’il n’a aucune échéance électorale en tête, comme l’a rappelé l’élue à sa tête, se révèle être la parfaite antichambre de la potentielle future victoire de François Fillon en mai prochain, et le point de raliiement souhaité pour les centristes qui s’étaient ralliés à Alain Juppé en boudant le gagnant et avaient trouvé en Macron un salut moins radical. « C’est un mouvement ouvert », a redit Virginie Calmels à la tribune prévue pour l’occasion, « qui doit réunir tous les gens de la société civile de bonne volonté qui croient au besoin d’air. Nous refusons cette caricature qui dit que la droite est le refuge du conservatisme, DroiteLib’ est un mouvement que de nombreux jeunes m’ont demandé; il est libéral, humain et progressiste ». Virginie Calmels, qui revendique déjà avoir recueilli des « milliers de soutiens » (sans que cela n’indique la réalité de ces chiffres, par ailleurs non communiqués depuis le lancement en décembre, notons 1590 abonnés sur Twitter et 1032 likes sur Facebook), en a remis une couche sur des « primaires irréprochables ».

Alain Juppé, de son côté, se l’est jouée « bon lieutenant », en « confirmant son soutien plein et entier » à François Fillon et en se réjouissant « d’avoir pu faire rentrer Virginie Calmels dans la vie politique pour élargir le spectre des soutiens ». Fillon, lui, est resté sur sa ligne : rupture, changement, militant contre un « coeur des pleureuses défendant un statu-quo qui exclu et rabaisse », porteur d’un « souffle nouveau dans un système politique vieillissant », soutien de ce mouvement qui incarne « cette idée de liberté au coeur de mon projet »… rien que de très convenu.

Une visite chahutée

Cette petite visite bordelaise aurait pu se dérouler sans aucun accro dans le planning. Oui mais voilà, le Canard Enchaîné est passé par là. Dans un article publié ce mercredi, l’hebdomadaire satirique révèle, à trois mois du premier tour, l’ancien premier ministre a employé sa femme, Penelope Fillon, en tant qu’assisante parlementaire entre 1998 et 2002 (et six mois de plus en 2012) en lui octroyant un salaire de 3900 euros brut par mois (puis 4600 euros), et en tant que collaboratrice d’un ancien suppléant de son mari, Marc Joulaud (7900 euros brut), pour un total perçu de 500 000 euros. Une enquête préliminaire a été ouverte dans la journée par le parquet national financier pour « détournement de fonds publics ». Interrogé ce matin lors de sa visite sur le site de Thalès, François Fillon est resté laconique, se défendant contre une attaque malvenue. « Je vois que la séance des boules puantes est ouverte. Il n’y a rien à commenter. Je suis scandalisé par le mépris et la misogynie de cet article. Parce que c’est mon épouse, elle n’aurait pas le droit de travailler ? Imaginez un instant qu’un homme politique dise d’une femme qu’elle ne sait faire que des confitures… toutes les féministes hurleraient », a-t-il ainsi commenté.

En revanche, silence radio au moment du lancement de DroiteLib’, les consignes ayant apparemment été clairement données. Virginie Calmels, elle, tout en prenant ses distances, a parlé d’un « épiphénomène » et avoué qu’elle n’était « pas surprise que François Fillon ait fait appel à sa femme pour gérer ces affaires dans l’ombre. Il sait qu’il va être la victime de beaucoup d’attaques ». Rien de plus. Du côté du mouvement, on murmure que certains groupes de travail auraient déjà été formés pour travailler sur des thèmes précis et ciblés, notamment un gros volet économie dont Virginie Calmels s’est faite le chantre. Il souhaite aussi « donner d’autres éclairages » sur certaines mesures contenues dans le programme de François Fillon, sans doute pour éviter la confusion traînante de l’assurance maladie. Il réunira tous ses soutiens sur une péniche parisienne le 31 janvier prochain pour « un moment festif » qui ne devrait pas encore révéler la ligne ou les objectifs clairs de l’aimant à voix qui ne dit pas son nom. Nul doute que François Fillon, tout comme Alain Juppé, devraient être au premier rang.

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