Pour Virginie Calmels, « on entretient l’illusion que seul le gouvernement serait susceptible de fournir les services utiles à la société en négligeant les avantages de la concurrence »

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On ne cesse de rappeler que la France est la championne du monde des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques, qui atteignent respectivement 57,5 % et 45,3 % du PIB en 2017. Or le projet de budget présenté par le gouvernement pour l’année 2019 montre que ce dernier n’est pas décidé à sortir l’hexagone du triste classement dans lequel il figure depuis des années. Les dépenses des administrations centrales vont en effet augmenter de 25 milliards d’euros en 2019, et ce alors que la diminution du nombre de fonctionnaires reste anecdotique.

Or à l’échelle de l’OCDE, tous les autres pays – 35 au total – disposent d’une fiscalité et d’une dépense publique plus sobres. Nous ne parlons pas ici des pays les moins avancés mais de nations déjà développées comme le Japon, la Corée du Sud, l’Australie ou encore la Suisse. Des pays qui ne ressentent pas le besoin de socialiser la moitié de la richesse produite par les populations pour fonctionner, ce qui ne les empêche pas de bénéficier d’un niveau de vie comparable voire supérieur à celui qui prévaut en France.

Il ne viendrait en effet à personne l’idée d’affirmer que les Etats susmentionnés, plus sérieux sur le plan budgétaire, auraient des écoles, des hôpitaux et des infrastructures médiocres. Les classements internationaux battent tous en brèche l’idée selon laquelle la qualité des équipements et des services collectifs serait corrélée à la taille du secteur public, et la logorrhée dominante qui voudrait que l’Etat-providence français s’inscrive dans la configuration la plus optimale est donc tout simplement mensongère. Elle relève de la paresse intellectuelle et inhibe toute réflexion sur ce que devrait être le périmètre de l’Etat.

C’est ainsi que pour les détracteurs de la rationalisation de la dépense publique, toute remise en cause du poids de l’appareil d’Etat équivaudrait nécessairement à un rationnement de l’économie française par la fermeture, la diminution et la baisse de la qualité des équipements collectifs. Ce schéma de pensée illustre notre inaptitude à penser la performance de ces services, c’est-à-dire leur capacité à faire mieux avec moins. On entretient par ailleurs l’illusion que seul le gouvernement serait susceptible de fournir les services utiles à la société en négligeant les avantages de la concurrence.

Volonté politique.

Pourtant, plus personne ne regrette le temps du monopole de France Telecom ou celui d’Air France. Même les collectivistes les plus orthodoxes sont forcés d’admettre que l’ouverture à la concurrence a abouti dans ces secteurs à plus de qualité et de performance. Au-delà, les exemples étrangers suggèrent que des domaines comme l’éducation et la santé ne font pas exception à la règle selon laquelle l’ouverture au privé permet d’améliorer la qualité des services collectifs en optimisant ses coûts. Les Néerlandais, majoritairement scolarisés dans des écoles privées, obtiennent en effet de meilleurs résultats que les Français en matière d’éducation selon les standards du classement PISA. Il existe des marges de manœuvre pour réduire la dépense publique – et la fiscalité qui lui est consubstantielle – pour peu que la volonté politique existe.

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