A l’occasion de la date anniversaire de la signature du CETA, Virginie Calmels plaide pour son élargissement, estimant que le traité a été bénéfique à l’économie française.

L

e commerce extérieur de la France est dans un état lamentable. Au deuxième trimestre de l’année, le commerce a, encore une fois, contribué négativement à la croissance: -0.3% de PIB. Les industriels et les agriculteurs français, étouffés par des pressions fiscales et des réglementations bureaucratiques, n’arrivent pas à bénéficier de la croissance mondiale: la France perd de façon constante depuis 10 ans des parts de marché, sur son propre marché, en Europe et dans le reste du monde.

Partout? Pas tout-à-fait. Une des exceptions est le Canada, dont les importations en provenance de France ont augmenté de 10% depuis la mise en œuvre du traité commercial CETA le 21 septembre 2017. Il n’y a rien d’étonnant à cela: le Canada, pays dont les liens avec la France sont historiques, valorise les produits français. La France réalise d’ailleurs, année après année, un excédent commercial avec le Canada.

Rappelons que, lors du débat menant à sa ratification au Parlement européen, les populistes tous azimuts prédisaient que le CETA causerait la mort de l’agriculture française et de l’Accord de Paris, voire la disparition de notre modèle social. Bien entendu, rien de tout cela n’est arrivé.

Prenons l’agriculture. Nos agriculteurs ont parfois des inquiétudes légitimes face à la concurrence mondiale si elle s’accompagne d’une baisse en gamme dans nos boucheries et nos supermarchés. Force est de constater toutefois que ce n’est pas le cas avec le CETA. Au contraire, l’excédent commercial agricole de la France avec le Canada n’a fait que croître avec cet accord: les Canadiens importent 8% de plus de nos produits agro-alimentaires. Français, nous sommes fiers de l’appétit du monde entier pour nos vins (et tout particulièrement à Bordeaux!), nos fromages et autres produits de notre terroir. Le CETA nous rappelle qu’une politique de libéralisation intelligente peut transformer cette légitime fierté en croissance pour les agriculteurs français et les communautés dont ils sont le moteur économique.

La France doit cesser de craindre de ne pas pouvoir.

Un traité commercial, c’est avant tout une diminution de taxes à l’import et à l’export. Pour qu’il soit bénéfique de façon équitable, il faut certes qu’il soit réciproque et, préférablement, avec un pays qui partage nos valeurs. C’est le cas du CETA, qui élimine à terme les droits de douane sur 99% des importations et des exportations avec le Canada. Le traité garantit le respect des normes du travail et de l’environnement pour éviter une concurrence déloyale. Et il respecte notre souveraineté en termes de normes sanitaires et culturelles, pour ne prendre que deux domaines qui nous sont si chers à nous les Français! Il en va du libéralisme commercial comme du libéralisme tout court, il s’agit d’un outil de développement économique et social qui, bien compris et bien appliqué, augmente autant notre niveau que notre qualité de vie.

La France doit cesser de craindre de ne pas pouvoir. Lorsqu’elle choisit d’essayer, qu’elle mène une politique économique basée sur la croissance de ses entreprises, l’élimination des contraintes inutiles et la poursuite de ses intérêts économiques sur la scène mondiale, elle montre qu’elle peut. Le commerce n’est pas un jeu à somme nulle qui crée des perdants et des gagnants. Bien au contraire, intelligemment mené, c’est un moteur de croissance dont nous sortons tous gagnants.

Le traité avec le Canada est en vigueur depuis le 21 septembre 2017 et le commerce extérieur français en a bien besoin. En vertu des règles européennes, chaque État devra maintenant le ratifier. Lorsque le gouvernement le leur soumettra, les parlementaires français, et parmi eux les députés et sénateurs de droite, devront donc se saisir du CETA. Ils devront choisir entre l’adoption d’un discours populiste ou un examen attentif des occasions de croissance sur lequel le commerce extérieur français doit miser pour pouvoir espérer sortir de son marasme actuel.

Espérons une décision responsable. Sinon, il faudra vraiment se demander, comme le faisait le premier ministre canadien Justin Trudeau en avril dernier à l’Assemblée nationale: si la France n’est pas capable de ratifier un traité commercial avec le Canada, avec quel pays le pourrait-elle? Elle renierait non seulement les valeurs libérales qu’elle partage avec ce pays mais aussi, beaucoup plus concrètement, une belle occasion de croissance.

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