Par Rémi Clément

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n bureau politique crucial s’ouvre chez Les Républicains ce mardi: Edouard Philippe, Thierry Solère et les autres députés « constructifs » qui soutiennent le gouvernement devraient être exclus du parti.

Exclusion pure et simple, séparation à l’amiable, ou maintien dans leurs rangs… Les Républicains doivent trancher aujourd’hui le sort des  » constructifs « , ces élus LR qui soutiennent le gouvernement d’Edouard Philippe. Hier soir, à la veille d’un bureau politique qui s’annonce houleux, les cadres du parti de la rue de Vaugirard hésitaient encore sur la formule à adopter. Les tenants d’une ligne dure, comme Eric Ciotti, plaident pour une expulsion immédiate des membres du parti Macron-compatibles. Mais d’autres souhaitent une solution intermédiaire qui ménagerait les  » constructifs  » tout en les écartant au moins temporairement de leur famille politique.  » Il faudrait parvenir à une formulation qui dirait qu’ils se sont exclus d’eux-mêmes de leur famille politique « , imaginait l’ancien ministre de la Défense Gérard Longuet sans trop y croire.  » Je pense malheureusement qu’il y a une majorité en faveur de l’exclusion « .

Les Républicains redoutent que l’exclusion des  » constructifs  » tourne au procès en caporalisme. Depuis quelques jours, les élus de droite Macron-compatibles ne cessent de dénoncer les méthodes  » staliniennes » du parti et le  » bûcher  » qui leur serait promis en bureau politique. Ils ne comptent pas s’arrêter là. Les  » constructifs  » entendent feuilletonner au maximum leur départ des Républicains pour semer la zizanie dans les rangs LR.  » Au fond, c’est le meilleur service qu’ils puisse nous rendre, glisse un député constructif. Le dernier parti à avoir exclu autant de membres d’un coup, c’est le Parti communiste. Drôle de symbole.  » Mardi matin, Thierry Solère a annoncé qu’il déposerait un recours en cas de radiation des Républicains tout en précisant qu’il ne se rendrait pas au bureau politique en raison d’une  » réunion à l’Assemblée nationale « . Dans les faits, cela fait plusieurs semaines que les  » constructifs  » sèchent les réunions des Républicains. Rue de Vaugirard, seul Jean-Pierre Raffarin siégeait encore pour les « constructifs ». Il a quitté la politique la semaine dernière…

Vers un nouveau psychodrame?

Dans les rangs des Républicains, nombreux ont senti le piège et plaident pour éviter toute sur-médiatisation de l’exclusion des constructifs.  » Bien sûr qu’il faut clarifier, c’est un passage obligé, mais il ne faut surtout pas tomber dans la guéguerre politicienne, expliquait lundi soir l’entourage de la députée des Alpes-Maritimes Michèle Tabarot. Les Français ne comprendraient pas que l’on se déchire sur cette question. C’est un peu comme la questure – un poste de contrôle budgétaire à l’Assemblée ravi à Eric Ciotti par Thierry Solère la semaine dernière – évidemment, c’est important, mais 9 Français sur 10, voire 10 Français sur 10, ne savent pas de quoi il s’agit…  »

Autre question épineuse : celle des députés  » constructifs  » qui n’ont pas voté la confiance au gouvernement Philippe et se sont abstenus. Faut-il les expulser, au risque de se couper un peu plus de son aile centriste, ou leur tendre la main en tablant sur un hypothétique retour? La question n’est toujours pas tranchée.  » Ça mérite un débat, croit Gérard Longuet. Ils n’ont pas violé de petite fille, ils n’ont pas sauté la bonne ou ridiculisé la France en sortant en scooter la nuit…  » Pour Virginie Calmels, au contraire, il faut faire preuve de moins d’indulgence :  » Si vous jouez au PSG, vous ne jouez pas à l’OM ; vous ne jouez pas une mi-temps au PSG et une mi-temps à l’OM même si l’OM commence à évoluer dans un schéma tactique que vous appréciez.  »

« Le degré zéro de la politique »

Avec l’entrée au gouvernement d’Edouard Philippe, la famille juppéiste a explosé. Autrefois sur la même ligne, Virginie Calmels flingue son ancien camarade devenu Premier ministre.  » Le programme d’Alain Juppé, c’était un corpus idéologique commun à la droite avec la mise en place de quotas d’immigration, le retour des peines planchers, le durcissements du regroupement familial, la suppression de l’aide médicale d’Etat, pas d’augmentation des impôts, la retraite à 65 ans… Où était tout cela dans le discours de politique générale d’Edouard Philippe ?  »

Les Républicains sont  également divisés sur l’identité de leur prochain patron. Pour l’instant, seul le très droitier Laurent Wauquiez a fait acte de candidature – et semble tenir la corde. Mais sa victoire probable, en novembre prochain, pourrait fragiliser le parti.  » Sur le terrain, on ne compte pas le nombre de gens qui nous disent qu’ils ne veulent pas de lui… Est-ce qu’on va vraiment se saborder? « , s’inquiète Virginie Calmels. Plusieurs cadres du parti, dont Gérard Longuet, plaident pour un report de l’élection, le temps que le parti se trouve une ligne politique claire. Mais ils ne se font pas trop d’illusions.  » Le calendrier de l’élection ne satisfait personne mais il sera quand même adopté. C’est le degré zéro de l’organisation politique « . Chez les constructifs on anticipe la victoire du président de la région Rhône-Alpes Auvergne.  » Laurent Wauquiez a déjà gagné. Il a les militants et personne ne veut se présenter contre lui… » Un succès qui pourrait précipiter de nouveaux élus dans leurs rangs.

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