Le journal des entreprises 

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our Virginie Calmels, l’adjointe au maire de Bordeaux en charge de l’économie, de l’emploi et de la croissance durable, le développement de la métropole et de nouveaux quartiers doit se faire avec «cohérence, lisibilité et cadencement». L’élue souhaite la mise en place de navettes TGV régulières entre Paris et Bordeaux à partir de 2017 pour soutenir la «dynamique d’attractivité».

Après Nantes, Lille ou Lyon on entend de plus en plus fréquemment que c’est au tour de Bordeaux d’avoir le vent en poupe. A quoi attribuez-vous cela ?
La conjonction de plusieurs éléments l’explique. Tout d’abord, nous connaissons un joli dynamisme entrepreneurial avec une création d’entreprises qui demeure importante. Par ailleurs, nous constatons une attractivité très forte malgré un contexte national morose. La qualité de vie reste un point déterminant pour les entreprises et les salariés. Ce capital sympathie, on le retrouve d’ailleurs dans les classements, où Bordeaux figure régulièrement dans le Top3, voire à la première place. Bordeaux est la ville préférée des salariés, la 2e ville préférée des cadres après Lyon…

Bordeaux voit son taux de chômage progresser moins vite qu’ailleurs. Comment l’expliquez-vous ?
Bordeaux est une ville en mouvement. Les chantiers sont nombreux, et on estime que la construction d’un logement permet la création ou le maintien de 2,5 emplois. On comprend donc pourquoi la situation de l’emploi est meilleure que la situation nationale.
La construction de plusieurs quartiers se fait toutefois de façon réfléchie. Les projets sont menés avec cohérence, lisibilité et cadencement. Et les quartiers font chacun la part belle à une ou plusieurs thématiques économiques. Euratlantique a de grandes ambitions sur le tertiaire supérieur : 200.000m² sont programmés à Saint-Jean Belcier et 130.000 m² à Garonne Eiffel. Les Bassins à flot ont une action forte sur le numérique, le nautisme et le tourisme avec la Cité des civilisations du vin. Bastide et Brazza seront essentiellement orientés sur l’artisanat, le négoce et les loisirs. L’éco-quartier Ginko fait la part belle au développement durable.  Je n’oublie pas les projets menés hors de Bordeaux. Je peux notamment citer la rénovation du campus à Pessac ou le développement d’une filière aéronautique forte à Mérignac.

Grand stade, Cité des civilisations du vin, Arena… Ces projets ont été initiés il y plusieurs années, quand les finances des collectivités se portaient mieux qu’actuellement. Bordeaux n’a-t-elle pas vue trop grand ?
Non, car Bordeaux n’est pas statique. Il faut positionner ces équipements par rapport à la dynamique de croissance que connaissent la ville et la métropole. La politique menée par Alain Juppé permet d’apporter une vision.

Une vision qui coûte cher : la CFE est parmi les plus élevées de France, et le taux d’imposition qui pèse sur les ménages vient d’augmenter de 5%. La chef d’entreprise que vous êtes se satisfait-elle de cela ?
Je rappelle que les impôts n’avaient pas augmenté lors du précédent mandat d’Alain Juppé. Et que le montant de la CFE est un héritage de la taxe professionnelle. En 2010, quand cet impôt a été réformé, la majorité de l’époque (emmenée par Vincent Feltesse, ndlr) avait fait un arbitrage: faire peser la fiscalité sur les entreprises plutôt que sur les ménages. Evidemment, je ne me satisfais pas d’un tel taux d’imposition, et la CFE n’a plus vocation à augmenter. Mais je dois tout de même préciser que le contexte ne nous aide pas : les dotations de l’Etat sont en baisse, avec un volume et une rapidité qu’il était difficile d’anticiper. Et il faut bien financer la réforme des rythmes scolaires.
Si l’on tient compte à la fois du taux de CFE et de l’imposition des ménages, seules deux agglomérations affichent une fiscalité moins élevée : Lyon et Rouen.

La métropole souffre toujours d’un problème de congestion de la rocade. Verra-t-on un jour une solution émerger ?
Vous avez raison, il s’agit d’un gros problème. Problème qui normalement est du ressort de l’Etat, en charge des infrastructures routières. Je suis convaincue que la réponse ne pourra pas être uniquement liée à l’infrastructure. L’élargissement n’est qu’une partie de la réponse. Les nouvelles technologies doivent permettre de faire émerger d’autres solutions. Le congrès ITS, qui se tiendra du 5 au 9 octobre à Bordeaux, permettra de mieux appréhender les transports de demain.
Une meilleure accessibilité de Bordeaux passe également par un bon réseau de transport en commun. La phase 3 du tram s’achève, et de nouvelles lignes sont en réflexion, notamment pour desservir l’aéroport ou Gradignan.

Le nombre de TGV qui relieront Paris à Bordeaux en 2h05 à partir de l’été 2017 pourrait ne pas être aussi important que prévu. De quels moyens disposez-vous pour faire entendre votre volonté ?
Jean Auroux a été nommé comme médiateur et recueille les desiderata des collectivités. Bordeaux Métropole a fait savoir ses envies. Nous verrons ce qu’il en sortira fin juin ou début juillet. En ce qui nous concerne, nous souhaitons surtout que le cadencement soit important dès le lancement de la LGV. Un service de navettes, proche de qe ce qui se pratique pour Lille ou Lyon, doit permettre d’articuler le projet LGV dans notre dynamique d’attractivité et de marketing territorial.

On entend souvent que Bordeaux est en compétition avec des villes comme Barcelone, Munich ou Amsterdam à l’échelle européenne. Mais les investisseurs choisissent un pays avant de choisir une ville. Peut-on faire comme si la spécificité des pays ne comptait pas ?
Tout ce que nous pourrons faire pour tirer le dynamisme de Bordeaux restera tributaire de la politique gouvernementale. Il n’y a pas moyen de contourner cette question. Bordeaux n’est pas un îlot de prospérité dans le marasme économique français. Tous les présidents de métropoles ont le même sujet en tête. Il faut initier une politique nationale incitatrice. Alain Juppé a l’ambition que les choses changent en la matière.

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