A

quoi ressemblera Bordeaux demain, et surtout après-demain ? Pour imaginer une ville plus intelligente, plus « smart », plus agréable, pouvoirs publics et entreprises poussent de plus en plus loin leurs projets. Dans la course aux villes intelligentes, la métropole bordelaise compte bien faire entendre sa voix. Revue de projets, à l’occasion du Forum Smart City Bordeaux, organisé par La Tribune, le 20 mai.

À question complexe, réponses multiples. Lorsque l’on interroge les élus de Bordeaux Métropole sur leur vision de la ville intelligente, les axes de développement fusent : immobilier, mobilité, sobriété énergétique… Avec, néanmoins, un fil conducteur qui infuse chaque secteur : le numérique.

Je dirais que nous avons connu une première étape liée aux infrastructures : transport, gestion de l’eau avec le système Ramsès de prévention des crues, développement de grilles de capteurs, services sans contact. Mais la multiplication de ces infrastructures n’est qu’un moyen qui ouvre le champ des possibles : il ne permet pas de faire face aux enjeux de la smart city. Nous entrons donc maintenant dans une deuxième phase : favoriser la participation des citoyens, pousser l’intelligence collective , résume Virginie Calmels, vice-présidente de Bordeaux Métropole et adjointe au maire de Bordeaux, chargée de l’Économie, de l’Emploi et de la Croissance durable.

Très proche d’Alain Juppé, elle a fait sienne l’approche que le maire et président de la métropole nous exposait il y a quelques mois :

La ville durable, c’est une vision à long terme bien sûr, mais c’est surtout une action pertinente, adaptée aux particularités d’un territoire, qui répond aux attentes de ses habitants. À ce titre, Bordeaux Métropole a un sacré défi à relever : assurer le développement cohérent et durable d’un territoire relativement hétérogène, avec un coeur historique dense, des espaces périurbains en pleine croissance, de vastes espaces naturels, tout en garantissant une haute qualité de vie. 

Deux quartiers tests et des nuisances à minima

La haute qualité de vie : c’est précisément cet axe que veut suivre la capitale girondine, surfant sur l’image qu’elle renvoie. Cela passe par de gros efforts en matière de mobilité – alors que Bordeaux est aujourd’hui l’une des villes les plus embouteillées de France -, par un immobilier dynamique, adapté aux attentes comme au budget des nouveaux arrivants et des « locaux ».

Deux quartiers en cours de développement vont servir de laboratoire à ciel ouvert : les Bassins à flot, au nord de la ville – où les grues tourbillonnent depuis des mois et où l’on cherche à mixer campus de formation, habitat et activité économique -, mais aussi et peut-être surtout, Euratlantique. Ce dernier va révolutionner la zone qui s’étend autour de la gare, desservie à partir de l’été 2017 par un TGV mettant Paris à deux heures et cinq minutes. ERDF y a trouvé un terrain idéal pour expérimenter ses réseaux intelligents (smart grids) s’appuyant sur son compteur communicant Linky.

Moins technologique, mais non moins utile, Euratlantique a aussi choisi le projet Noé pour créer d’ici à octobre une plateforme de services mutualisés destinée aux entreprises de construction : base de vie, déchetterie de chantiers, gestion des terres excavées et des terres polluées, parking, transport des personnels à partir de la base de vie vers les chantiers, stockage et transport de matériaux, centre RH spécialisé dans les métiers du bâtiment pour répondre aux besoins en termes d’insertion, de formation, de sécurité et de prévention, plateforme numérique de traitement des informations, camion-restaurant (food truck)… Noé vise à minimiser l’impact et les nuisances des chantiers, à garantir une ville fluide, apaisée et accessible malgré les travaux, à être source de gains environnementaux et économiques. Présentée comme une innovation d’usage, la plateforme est une première en termes de mutualisation de services. Elle intégrera des outils connectés par la technologie NFC développés par la startup bordelaise NFC Interactive, dont bénéficieront ses usagers pour des services d’élaboration de rapports (reporting), de paiement et de sécurisation, par exemple.

De nouveaux services bientôt déployés

Passé au 1er janvier dernier du statut de communauté urbaine à celui de métropole, le territoire ne manque pas d’idées et va multiplier les expérimentations dans les prochains mois.

« La première phase de la mutualisation des services numériques a donné lieu à la constitution d’un service commun métropolitain, résultant de la fusion des services informatiques de neuf communes », explique Alain Turby, maire de Carbon Blanc et conseiller communautaire délégué à la Métropole numérique :

Cette vaste réorganisation étant passée, les projets vont se succéder : déploiement de nouveaux services éducatifs numériques dans les écoles primaires de nombreuses communes, accélération du déploiement de la fibre optique, études pour un projet de WiFi gratuit dans la métropole, développement de l’Internet des objets, déploiement de services innovants dans le cadre de la Cité du vin et sur le territoire d’Euratlantique. 


Durant Bordeaux Fête le vin, fin juin, les laissez-passer traditionnels seront remplacés par des pass numériques recueillant des informations précieuses pour améliorer la réception du public lors des prochaines éditions , ajoute Virginie Calmels.

Lancée en novembre dernier, une version anticipée de l’application « Bordeaux en poche » a permis de récolter des retours dans un périmètre encore expérimental. S’appuyant sur la technologie sans contact NFC, elle sera déployée à grande échelle à la rentrée prochaine, après un gros travail de design de services et d’expérience utilisateurs, et offrira une palette de services allant jusqu’à donner le taux de fréquentation des piscines en fonction des horaires !

Entre réussite et échecs

Reste que la construction de la ville de demain prend du temps et que toute expérimentation peut aboutir à un échec. L’e-éducation en est un bon exemple. Bordeaux nourrissait de grandes ambitions sur ce sujet, allant bien au-delà du territoire métropolitain.

L’initiative, menée dans le cadre d’un partenariat étroit avec l’Éducation nationale, a eu de belles retombées tant sur le volet matériel – en équipant les classes en tableaux numériques, par exemple -, qu’en contribuant à diffuser les usages numériques dans les écoles primaires.

Nous avons tenté un projet d’avant-garde pour aller au-delà du simple matériel, dans le cadre d’un accord de recherche et développement sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale, avec une société bordelaise, Stantum, précise Alain Turby. Il s’agissait de définir un environnement pédagogique complet pour l’élève, embarquant des outils facilitant l’échange de documentation et le suivi des activités. Hélas, les vents changeants de la politique nationale n’ont pas permis à cette société d’atteindre suffisamment vite ces objectifs, et nous le regrettons tous.

Et Stantum a connu la liquidation judiciaire.

Plus direct : « Le gouvernement s’est retiré du plan numérique pour l’école et le marché n’a pas pu voir le jour,assène Virginie Calmels. Nous poursuivons une politique d’e-éducation innovante au service des élèves, mais nous avions des ambitions plus vastes, c’est dommage. »

Ce demi-échec n’a pas entamé la volonté du territoire bordelais de s’impliquer. La capitale girondine figure ainsi parmi les partenaires du projet « Sharing cities », qui vient d’être retenu par la Commission européenne dans le cadre de l’appel à projets relatifs aux villes et communautés intelligentes, « Smart cities & communities ». Porté par Londres, Milan et Lisbonne, « Sharing cities » associe également trois villes partenaires : Varsovie en Pologne, Burgas en Bulgarie et donc, Bordeaux. Il vise à expérimenter des services innovants en matière de développement urbain durable et bénéficie, sur cinq ans, d’une enveloppe de 25 millions d’euros, destinée principalement à financer les opérations portées par les trois villes leaders pour des projets intégrés dans un quartier de chacune d’elles.

Bordeaux, en tant que ville partenaire, bénéficiera de 426.800 euros, ainsi que des résultats des expérimentations menées par Milan, Lisbonne et Londres, et qui pourront être répliquées, d’ici à 2020, dans la métropole bordelaise.

________

Entretien avec Virginie Calmels, Vice-présidente de Bordeaux Métropole, adjointe au Maire de Bordeaux (Propos recueillis par Mikaël Lozano)

« Nous devons inviter les citoyens, les entrepreneurs, à participer »

LA TRIBUNE – Quelles sont les pistes de développement de Bordeaux Métropole en matière de smart city ?

VIRGINIE CALMELS – Nous devons inviter les citoyens, les entrepreneurs, à participer activement à la construction de la ville de demain et favoriser l’intelligence collective. Nous cherchons donc à encourager les initiatives telles que le mouvement French Tech, et l’innovation sous toutes ses formes grâce à nos pépinières d’entreprise, à la future Cité numérique de Bègles, à travailler sur la formation, et à contribuer à créer un écosystème innovant qui n’occulte pas le développement économique. Le business doit y être étroitement lié et les entrepreneurs au coeur de la ville. À l’échelle de Bordeaux Métropole et de ses 28 communes, nous travaillons à définir un agenda stratégique qui permettra de prioriser et d’échelonner les projets d’intérêt métropolitain, et cherchons également à mesurer nos actions.

Quels exemples pour illustrer le rôle du numérique dans la construction de la smart city ?

L’enjeu, ce n’est pas la numérisation des processus, mais bien l’adaptation des modes de fonctionnement de la sphère publique aux attentes des usagers. Pour cela, je crois beaucoup aux projets collaboratifs. Le numérique doit permettre d’améliorer la qualité de service tout en baissant les coûts supportés par la collectivité. C’est, par exemple, le cas des services à distance que nous proposons désormais, comme le paiement par Internet de la cantine, adopté par 80% des parents.

 

Recent Posts