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out ce que vous avez voulu savoir sur les startups sans oser le demander : la table ronde organisée par La Tribune et ses partenaires à l’occasion de la sortie en kiosque du Startupper a permis d’explorer en détails les facteurs clés de succès des jeunes pépites innovantes.

 

Identifier les leviers de réussite, les faiblesses des startups, les pièges à éviter, les atouts des écosystèmes et de la puissance publique… C’est pour évoquer ces principales thématiques qu’Edouard Befve, directeur du développement des territoires et des entreprises au Crédit agricole d’Aquitaine, Virginie Calmels, adjointe au maire de Bordeaux, en charge de l’Economie, l’Emploi et de la Croissance durable, vice-présidente deBordeaux Métropole, Benoît Droulin, président cofondateur d’Azendoo, Cédric Dumas, CEO fondateur de Wiidii, Xavier Lainé, délégué général de French Tech Bordeaux et Sébastien Peronne, avocat associé et directeur du département droit des sociétés au cabinet Fidal (Mérignac) ont accepté de participer à la table ronde organisée par La Tribune à l’occasion de la parution du Startupper, 1er guide des startups de Bordeaux et de sa métropole.

Les leviers de la réussite

« Il est nécessaire de se remettre en question » explique Benoît Droulin pour Azendoo, qui édite une plateforme facilitant le travail collaboratif à destination des entreprises. « Nous avons dû passer d’un modèle gratuit, impossible à rentabiliser, à un modèle freemium. Nous l’avons fait en trois mois, c’est un potentiel facteur de réussite. L’autre levier important, c’est celui des partenaires qu’il fallait dès le départ de l’aventure, avec par exemple Evernote au départ, et plus récemment Microsoft, qui est venu nous chercher ».

Pour Virginie Calmels, la métropole doit créer des conditions favorables, via le très haut débit, les infrastructures de transports et immobilières, pour devenir un vrai levier de la réussite des startups. Ensuite, c’est l’envie de prendre des risques… calculés qui peut faire la différence.

« Il faut un état d’esprit conquérant, mais cela doit se traduire par le produit, c’est plus important que le business plan solide, » poursuit la vice-présidente de Bordeaux Métropole.

La réussite passe d’abord par une bonne connaissance du marché qu’on adresse, estime de son côté Edouard Befve :

« Les startups qui portent une rupture technologique ou une rupture d’usage adressent, de fait, des marchés mondiaux à fort potentiel de développement. Pour autant il faut bien identifier ces marchés pour pouvoir préparer, dans les meilleures conditions possibles, la période de développement qui verra l’entreprise brûler du cash. Les business plans doivent être ambitieux mais réalistes » ajoute le représentant du Crédit agricole d’Aquitaine.

De son côté, l’avocat Sébastien Peronne souligne « l’importance de bien déterminer l’environnement juridique de la startup, de son marché » :

« Cela a un prix, mais nous, cabinets d’avocats d’affaires, devons nous préparer au fait que les startups d’aujourd’hui sont nos clients de demain. Aussi, nous sommes de plus en plus présents au sein des incubateurs pour proposer des services d’accompagnement, sur quelques mois, avant la levée de fonds par exemple, qui sont facturés de manière avantageuse pour l’entreprise », assure l’avocat.

Des incubateurs et accélérateurs de startups comme celui du Crédit agricole, le Village by CA, créé il y a deux ans à Paris et dont le bilan (400 emplois créés par 80 startups accompagnées et 40 M€ de fonds levés) a donné envie au Crédit agricole Aquitaine d’en décliner une version au cœur de Bordeaux qui verra le jour en fin d’année.

Xavier Lainé, délégué général de French Tech, estime, lui, que le levier principal de la réussite d’une startupe réside dans « l’absence de besoin de fonds.

« Le projet, l’équipe, priment. La levée de fonds ne doit pas être un objectif en soi. Elle doit seulement accompagner la  dynamique de réussite de la stratégie et son produit, ou service ! »

Les faiblesses potentielles

La mauvaise préparation à l’environnement juridique de la startup est un écueil sur lequel a buté Azendoo. « Nous n’avions pas déposé le premier nom de notre société, cette erreur nous a obligé à changer de nom… »

« Il y a 15 ans, nous avions créé une startup, se souvient Virginie Calmels. Nous avions tout étudié avant de nous lancer… sauf que notre produit n’était pas du tout près pour le marché… Cette erreur se paye cash dans l’entrepreneuriat en général, dans l’économie numérique en particulier. »

S’il note de vrais progrès en matière d’ambitions de la part des porteurs de projets, Xavier Lainé, délégué général de French Tech Bordeaux souligne :

« On a besoin de leaders qui rayonnent à l’international. Il est clair que la France est un trop petit marché pour créer les champions dans le numérique. C’est pour cela que l’ambition des dirigeants de startups doit être grande. Contrairement à ce que j’entends régulièrement, les startups ne doivent pas forcément commencer par chercher à contractualiser avec un grand groupe, même s’il n’y a pas de règle et que chaque cas est spécifique. Est-ce que Airbnb serait ce qu’il est s’il avait contractualisé avec Accor, est ce que Uber serait ce qu’il est s’il avait était partenaire des taxis G7 ? »

Cédric Dumas (Wiidii) regrette ce qui a suivi la première levée de fonds de sa société, Wiidii :

« Nous nous sommes trompés sur tous les calendriers qui ont suivi cette levée. Nous imaginions pouvoir livrer notre application et donc facturer à un grand compte au bout de trois ou quatre mois. Nous avons négligé le fait que les grands comptes ont des process très longs. Il a fallu un an pour finaliser la commande, la livraison et donc la facturation… nous avons beaucoup appris de cette erreur. » Et de rajouter : « Ce qui pêche en France, c’est que l’administration n’arrive pas à suivre, voire ne comprend pas la créativité, très grande, des entrepreneurs du numérique ».

Sur le plan financier aussi, Cédric Dumas, note des progrès à accomplir :

« Ce que je regrette, c’est qu’aux Etats-Unis on parle d’investissement alors qu’ici on parle de capital-risque et que quand ils pensent potentiel, nos banques parlent de garanties… »

Un message reçu cinq sur cinq par Edouard Befve du Crédit agricole d’Aquitaine :

« La prise de risque fait partie de nos métiers, et je ne table pas sur une raréfaction des fonds dans les années à venir. Pour autant, je note que beaucoup de projets présentés aux banques et aux fonds d’investissement concernent des innovations d’usage, pas beaucoup les innovations techniques et que les business présentés sont plus souvent en BtoC et peu en BtoB. Tout le monde veut être le Blablacar de quelque chose. Enfin, je crois qu’il faut aussi veiller à ce que les projets autour de l’économie collaborative, même s’ils sont généralement intéressants, ne soient pas trop nombreux sur le marché. »

 

http://objectifaquitaine.latribune.fr/business/l-actu-de-la-french-tech-bordeaux/2016-06-29/et-si-on-apprenait-a-startupper.html

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