Propos recueillis par Anna Cabana et Arthur Nazaret

D

ans une interview au JDD, Virginie Calmels, première adjointe à Bordeaux indique avoir répondu « à la main tendue par Laurent Wauquiez de rassembler en laissant chacun être ce qu’il est. » « Il a le leadership, l’énergie, le courage », poursuit-elle. Une décision qui peut faire grand bruit, Virginie Calmels étant une juppéiste convaincue : « Je le rejoins en restant ce que je suis. Je suis juppéiste. Je suis libérale. Et je l’assume. Mon tempérament et mon parcours prouvent que je ne suis pas dénaturable. Nos sensibilités diffèrent mais notre socle économique, régalien et éducatif est semblable. Avec lui, nous allons rassembler autour des axes forts : l’humanité, la liberté et la sécurité. »

Pourquoi n’êtes-vous pas candidate à la présidence des Républicains?
Je crois que la droite doit reprendre sa place dans le débat politique en étant efficace et unie, en tournant la page des divisions. Je préfère participer à sa reconstruction par le rassemblement de la famille plutôt que de me lancer dans une démarche personnelle. C’est pourquoi j’ai répondu à la main tendue par Laurent Wauquiez de rassembler en laissant chacun être ce qu’il est. Il a le leadership, l’énergie, le courage. D’autres personnalités de poids qui auraient pu se présenter ne l’ont pas souhaité.

Voulez-vous dire qu’elles ont déserté?
Peut-être qu’elles sont comme moi dans une volonté d’union… [Sourire.]

« Nos sensibilités diffèrent, mais notre socle économique, régalien et éducatif est semblable »

Pour la juppéiste que vous êtes, soutenir Wauquiez-le-droitier, c’est une transgression, une trahison, une rupture?
Nous sommes d’abord de la même famille politique et je le rejoins en restant ce que je suis. Je suis juppéiste. Je suis libérale. Et je l’assume. Mon tempérament et mon parcours prouvent que je ne suis pas dénaturable. Nos sensibilités diffèrent, mais notre socle économique, régalien et éducatif est semblable. Avec lui, nous allons rassembler autour des axes forts : l’humanité, la liberté et la sécurité.

La liberté, c’est vous?
Oui.

Mais justement : vous êtes libérale, pas lui…
Et c’est ce qui fait notre force. Nous sommes complémentaires. En vision politique, en expérience professionnelle, en histoire personnelle… De surcroît, comme libérale assumée, j’ai le souhait que ce courant d’idées prenne toute sa place dans le débat d’idées à venir.

Êtes-vous à l’aise avec la dénonciation du « cancer de l’assistanat »?
Je ne suis pas le clone de Laurent Wauquiez. J’ai mes convictions et certaines sont différentes. Je dénonce, pour ma part, le cancer du chômage, et notamment chez les jeunes. Ce n’est pas une fatalité mais le résultat d’une mauvaise politique.

Avez-vous obtenu de lui des garanties sur son positionnement par rapport au FN?
Oui. Laurent Wauquiez n’a cessé d’affirmer qu’il n’est pas question d’alliance avec le Front national. C’était essentiel pour moi.

Partagez-vous la vision de Wauquiez sur l’Europe?
Je note que les déclarations de Laurent ont évolué dans la bonne direction, selon moi.

« Alain Juppé m’aurait demandé de ne pas le rejoindre, je ne l’aurais pas fait… »

Avez-vous prévenu Alain Juppé de votre décision?
Bien sûr, comme avant chacune de mes initiatives. Alain Juppé m’a dit n’avoir aucune objection sur ma décision. Il a lui-même exposé ses lignes rouges pour rester au sein de LR et elles ne sont pas franchies par Laurent Wauquiez. Il m’aurait demandé de ne pas le rejoindre, je ne l’aurais pas fait…

Vraiment?
En tout cas, un veto de sa part m’aurait mise mal à l’aise.

Comment a-t-il accueilli votre décision?
Je vous rappelle qu’il a fondé l’UMP. Il comprend donc le rassemblement des sensibilités, gaullistes sociaux, droite traditionnelle et libéraux, il l’a mis en œuvre. Il m’a clairement dit qu’il voulait se mettre en retrait de la vie nationale et qu’il ne labéliserait personne.

Même pas Maël de Calan?
Il m’a dit : « Personne. »

Votre choix de faire alliance avec Wauquiez veut-il dire que vous renoncez à prendre la suite de Juppé à la mairie de Bordeaux, dont vous êtes la première adjointe ?
Le seul qui puisse succéder à Alain Juppé, c’est Alain Juppé lui-même. C’est mon point de vue.

« Je reste ce que je suis aux côtés de Laurent Wauquiez »

Avez-vous conscience d’être pour Wauquiez une belle prise de guerre?
Je suis avant tout quelqu’un de cash, qui a ses convictions, sa liberté, qui vient de la société civile, engagée en politique depuis seulement trois ans, dont le métier est celui de chef d’entreprise, et qui veut le rassemblement de sa famille.

Avez-vous hésité à rejoindre Macron ? Vous avez été approchée…
[Moue amusée.] J’aspirais pour la France à une coalition à l’allemande. Elle n’a pas eu lieu. Je suis de droite et je suis dans l’opposition. Mais je soutiendrai évidemment les réformes que nous aurions pu porter nous-mêmes.

Édouard Philippe est pourtant comme vous un juppéiste…
Édouard Philippe n’a pas résisté à Matignon. Cependant, il n’applique pas la politique d’Alain Juppé mais celle du Président. Il s’est mis en marche. C’est sa décision. La hausse de la CSG n’était pas dans le programme d’Alain Juppé. La retraite à 65 ans, la fin des 35 heures, la suppression de l’ISF, la baisse de 100 milliards de la dépense publique et de 40 milliards des charges ­sociales, les quotas d’immigration, le rétablissement des peines plancher, la hausse des moyens pour l’armée, la police et la justice, etc. Tout cela était dans le programme d’Alain Juppé mais n’est pas dans celui d’Emmanuel Macron. C’est donc une question de conscience personnelle.

Pas pour vous? Le week-end dernier vous étiez à Bordeaux avec Juppé et les juppéistes, ce dimanche vous faites l’ascension du mont Mézenc au côté de Wauquiez : n’est-ce pas un grand écart?
Ma colonne vertébrale est intacte. Je reste ce que je suis aux côtés de Laurent Wauquiez.

Votre tandem avec Wauquiez peut-il permettre à votre parti de ne pas éclater?
C’est dans cet esprit que je le fais.

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