Première vice-présidente des Républicains, Virginie Calmels juge, dans une interview au Parisien – Aujourd’hui en France, que le patron des Républicains défend sa propre ligne, alors qu’il s’était engagé à rassembler la droite.

S

ix mois après son élection à la tête des Républicains, Laurent Wauquiez, sûr de son cap, peine à rassembler sa famille politique. Dans une interview au Parisien – Aujourd’hui en France, Virginie Calmels, numéro 2 du parti, prend ses distances.

Vous avez été rappelée à l’ordre par Laurent Wauquiez après vos critiques sur le fameux tract « Pour que la France reste la France ». Les tensions restent fortes ?

VIRGINIE CALMELS. Elles existent, c’est vrai, mais uniquement pour des questions de fond. Je suis convaincue que la droite peut renouer avec sa grandeur et ses valeurs, loin de la médiocrité des raisonnements simplistes et irréalistes que font les extrémistes. Je pense à Georges Wolinski, assassiné lors des attaques de Charlie Hebdo, qui affirmait que « la politique, c’est le dernier refuge des aventuriers ». Je mesure aujourd’hui qu’il faut un sacré sens de l’aventure pour s’engager en politique…

Vous assumez toujours vos critiques ? Ce tract est trop proche de l’extrême droite ?

J’ai surtout déploré qu’il n’y ait pas de débat préalable sur ce document, nous plaçant devant le fait accompli. Le slogan ne me pose pas de problème. Mais la page 2, sur le risque terroriste, les immigrés, la délinquance… C’est exactement la rhétorique de ceux qui jouent sur les peurs pour se faire élire. Et puis on ne peut pas réduire les problèmes de la France à ces seules questions.

Quels enseignements tirez-vous de cet épisode ?

Que Laurent Wauquiez veut d’abord défendre ses propres idées, même si elles ne sont pas adoptées par tous. Il estime que sa victoire à la tête du parti a validé sa ligne. Or, les ateliers de la refondation, que nous avons menés l’été dernier auprès des militants de notre parti, nous ont révélé qu’ils demandent à la droite d’être d’abord réformatrice, puis libérale et enfin gaulliste.

Êtes-vous déçue par l’attitude de Laurent Wauquiez ?

Moi, j’ai cru avec sincérité à sa volonté de rassemblement et j’ai soutenu ses propositions, car je suis pour un régalien fort. Mais je ne suis pas non plus son clone, je ne suis pas dénaturable. Et depuis son élection, il démontre au fur et à mesure des jours qui passent qu’il semble être uniquement là pour défendre sa propre ligne. Il estime qu’il doit son élection qu’à sa seule présence. Je ne partage pas cette vision.

Éric Ciotti dit que vous n’avez pesé que 0,1% dans la victoire pour la présidence du parti…

Les intimidations ou les attaques personnelles n’honorent pas la politique et ne me feront pas taire. J’observe que la ligne de rassemblement était celle de Laurent Wauquiez pendant la campagne et que c’est celle qui l’a emporté largement. Il faut continuer sur cette ligne, parler à tous les Français, rassembler la droite gaulliste, libérale et conservatrice pour construire ensemble un nouveau projet de société.

Que répondez-vous à Laurent Wauquiez qui vous reproche « une démarche personnelle sous couvert de sincérité » ?

Ma sincérité est bien réelle et cela n’a rien de personnel. Il est venu me chercher et m’a demandé de faire un tandem avec lui pour incarner le courant libéral et le renouvellement. Alors je lui réponds que forte de mes convictions chevillées au corps, je continuerai à porter mes idées que je lui demande de respecter. Et puis on m’accuse de diviser, mais Thierry Mariani – qui a prôné rien de moins que l’alliance avec le FN — n’a pas eu ce genre de reproches…

Wauquiez se trompe de stratégie ?

Il veut imposer sa seule ligne, mais je ne crois pas que ce soit le bon message. J’ai aussi parfois le sentiment qu’on emprunte le vocabulaire de Mélenchon, notamment quand certains parlent de « cadeaux aux riches », ou de « l’ultralibéralisme de Macron ». Et ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron penche vers nos idées, qu’on doit se déporter plus vers la droite. Pour moi, c’est un chemin qui est voué à l’échec. Je ne veux pas d’une droite qui se rétrécit.

Dans ce contexte, êtes-vous toujours intéressée pour conduire la tête de liste aux européennes ?

Mais je l’ai déjà dit, je n’ai jamais fait acte de candidature ! De nombreux élus m’ont sollicitée et Laurent Wauquiez l’avait rapidement évoqué en me demandant d’y réfléchir en février dernier.

Alors, qu’allez-vous faire ?

J’ai toujours souligné qu’il fallait des conditions nécessaires pour mener un tel combat. Or, elles ne me semblent pas remplies. La cohérence entre la ligne, la tête de liste et les colistiers est une nécessité si l’on veut être audible. Il faudrait aussi une ligne non ambiguë, pro-européenne sans être fédéraliste, et une liste qui incarne un profond renouvellement avec des candidats anglophones. Je n’ai pas l’impression que cela en prenne le chemin. Je ne suis donc absolument pas candidate : ni comme tête de liste ni pour figurer sur la liste.

Qui devrait la conduire alors ?

Je suis légitimiste. Et pour moi, c’est Laurent Wauquiez qui en tant que chef de parti devrait être tête de liste. Avec une ligne qui soit celle du rassemblement de notre famille. Sinon, c’est voué à l’échec.

Nicolas Sarkozy est visiblement du même avis…

Nicolas Sarkozy a toujours prôné le rassemblement de sa famille politique. Et lui, il l’a fait. Il pense effectivement que Laurent devrait conduire la liste. On serait tous avisé de l’écouter, car il reste le président de cœur de cette famille politique.

Vous êtes-vous récemment entretenu avec Nicolas Sarkozy ?

Oui, bien sûr, je le consulte régulièrement. Il m’a toujours assuré de son soutien et de son amitié.

Si rien ne bouge, vous partez ?

Il faut que tout le monde fasse des efforts. On a une obligation de s’entendre, sinon on fait le jeu d’Emmanuel Macron. Ou pire, celui des extrêmes. Et ce sera l’éclatement de notre famille politique. Je crois encore que Laurent peut parvenir à créer le rassemblement en revenant à une façon de faire qu’il a su développer pendant la campagne. On va voir comment les choses vont se passer dans les semaines à venir.

Recent Posts