L

ors de la campagne des régionales, le candidat du Front national avait entrepris de diffuser un tract affirmant que le maire de Bordeaux Alain Juppé et moi-même voulions, je cite, « implanter à Bordeaux un grand centre islamique (…) d’un coût de 22 millions d’euros financé en grande partie par les contribuables bordelais. Ce projet démesuré approuvé en Conseil municipal viole la loi de 1905 de séparation de l’église et de l’État ».

Il s’agit évidemment d’un mensonge et je ne crois pas qu’il soit encore nécessaire de le prouver devant vous. En effet, et comme j’avais pu le dire à l’époque, ce projet de nature privée n’existe plus aujourd’hui. Il n’a en outre jamais été question qu’un seul euro d’argent public y soit consacré par la municipalité et je n’ai pour ma part jamais voté une seule délibération sur ce sujet, étant élue seulement depuis avril 2014.

A mes yeux peut-être naïfs de novice en politique, une campagne électorale n’autorise pas tout, et c’est la raison pour laquelle j’avais alors décidé de saisir la justice. Le verdict est tombé et j’ai le regret d’observer que le tribunal correctionnel de Bordeaux a rejeté notre plainte, considérant que l’accusation du Front national ne me mettait pas en cause personnellement mais la majorité dans son ensemble et qu’il ne lui appartenait pas « de délimiter le champ d’intervention des propos pouvant être tenus ni de porter une appréciation sur le degré de véracité des allégations reprises dans le tract de propagande électorale. »

Je prends acte de cette décision, mais l’on peut légitimement s’interroger sur l’interprétation personnelle du tribunal qui autoriserait, sous couvert d’être en campagne, de proférer des mensonges éhontés dans le seul but d’affoler les citoyens et d’en tirer un profit électoral. Comme s’il n’appartiendrait pas au Tribunal de porter une appréciation sur le degré de véracité des allégations reprises dans un document de propagande électorale, alors que c’est précisément pour permettre qu’un tel contrôle de la loyauté des documents électoraux puisse être effectué que l’article 54 alinéa 2 de la loi de 1881 réduit à 24 heures le délai de citation pour une diffamation commise en période électorale.

Je ne suis pas certaine que cette décision par laquelle les juges donnent l’impression de refuser de prendre position serve la démocratie.

-VCa

Recent Posts