Caroline Campagne pour SUD OUEST

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’adjointe et dauphine du maire de Bordeaux évoque Alain Juppé, ses chances pour le second tour de la primaire, elle parle aussi de son compagnon, porte-parole de François Fillon

« Sud Ouest » Comment avez-vous vécu ce premier tour de la primaire de la droite et du centre ?

Virginie Calmels Je pense que personne n’avait mesuré l’ampleur de la percée de François Fillon, malgré la forte dynamique qui a animé la fin de sa campagne. Ce premier tour a montré la volonté des Français de sortir Nicolas Sarkozy du jeu et de ne plus vouloir quelqu’un qui a déjà gouverné pendant cinq ans.

Quel dispositif avez-vous mis en place afin qu’Alain Juppé rattrape les 16 points qui le séparent de François Fillon, en tête ?

C’est presque une nouvelle élection qui commence. Il y avait une offre avec sept candidats. Nicolas Sarkozy a été très incisif envers Alain Juppé, notamment sur deux thèmes. D’abord, l’idée qu’il serait un candidat centriste, ce qui n’est pas son cas, puisqu’il a un projet avec des arguments à droite « pour un État fort » et « cinq ans pour l’emploi ». En revanche, il s’agit bien d’un candidat de droite, soutenu par les centristes. Ce qui ne signifie pas qu’il a changé son projet pour séduire les centristes. Ils ont fait le choix de soutenir Alain Juppé. Cela veut dire qu’il est le candidat certain d’être qualifié pour le deuxième tour de la présidentielle puisqu’il n’aura pas d’autres candidats face à lui, hormis ceux de gauche et Marine Le Pen. C’est cela que nous allons expliquer entre les deux tours parce que François Fillon est un candidat qui est résolument à droite, mais pas soutenu par les centristes. Il y a donc un risque de multiplication de candidatures au centre, de François Bayrou, voire de l’UDI, en enlevant la chance à la droite de se qualifier de façon certaine pour le second tour de l’élection présidentielle.

Vous pensez donc qu’Alain Juppé peut l’emporter dimanche soir ?

Je reste convaincue qu’il a de meilleures chances à la présidentielle que François Fillon. Car cette élection ne peut pas se contenter d’être arithmétique. Les reports de voix ne se feront pas de façon systématique entre ces deux hommes d’État, deux anciens Premiers ministres, de haut niveau. Mais plutôt à partir de deux lignes politiques qui diffèrent. Avec un François Fillon qui veut aller très loin dans une politique libérale et un Alain Juppé beaucoup plus modéré dans ses propositions, notamment sur le travail et la suppression du nombre de fonctionnaires. Son atout majeur est l’assurance de qualifier la droite. Aujourd’hui, je n’ai pas cette assurance du côté de François Fillon.

Ensuite, pour faire des réformes, il faut certes une majorité à l’Assemblée nationale, mais aussi éviter les blocages dans le pays. Si François Fillon se retrouve face à Marine Le Pen, la gauche aura l’impression qu’on lui a volé son élection présidentielle, et la France sera probablement davantage bloquée avec François Fillon qu’avec Alain Juppé, qui apparaît comme étant « le moins pire pour la gauche », notamment sur les questions sociétales.

Quel scénario envisagez-vous pour vous à Bordeaux ? Si Juppé gagne ? S’il perd ? Serez-vous candidate aux législatives ?

Je me suis engagée aux côtés d’Alain Juppé pour les dernières municipales parce que Bordeaux est ma ville. Je suis aussi à ses côtés pour cette campagne nationale de la primaire. Pour la France, j’espère qu’Alain Juppé va gagner. S’il ne gagne pas, Bordeaux, qui a voté massivement pour lui, sera très heureuse de le garder comme maire. J’en suis convaincue. Concernant ma candidature aux législatives, où je suis investie dans la deuxième circonscription, rien n’est sûr. J’attends d’abord de voir comment les choses évoluent et ce qui se passera dimanche. Mon destin personnel est moins important que l’engagement que j’ai fait, le changement de vie que j’ai opéré. Parce que je crois que lorsqu’on vient de la société civile, on peut apporter autre chose à la vie politique, et je ne regrette pas du tout cet engagement. Mon petit intérêt particulier passe après.

Cette circonscription est prenable, en raison du quinquennat désastreux de François Hollande, soutenu par les députés PS girondins. Il y a quand même eu des lois dingues : loi Hamon, loi Alur qui a entraîné un désastre dans le secteur de l’immobilier, le matraquage fiscal, la hausse de la dépense publique… Ces élus seront donc très fragilisés par leur propre position politique puisque le gouvernement qu’ils soutiennent a échoué, avec un chômage qui ne cesse d’augmenter alors que les autres pays européens ont réussi à l’endiguer.

Alain Juppé pourrait-il faire partie d’un gouvernement Fillon ?

Cela m’étonnerait. Quand on aspire à la plus haute fonction, je ne pense pas qu’on puisse négocier un poste ministériel.

Vous ne vous en cachez pas. Le député du Val-d’Oise, Jérôme Chartier, porte-parole de François Fillon, est votre compagnon. Vous vous retrouvez donc ensemble au cœur du dispositif des deux candidats, une situation que vous n’aviez sûrement pas envisagée. Cela ne doit pas être simple à gérer ?

(Rires.) C’est très simple, parce que lui comme moi, nous avons une qualité que personne ne pourra nous contester, cela s’appelle la loyauté. Cette situation ne pose donc aucun problème. Nous défendons chacun notre candidat. Hier soir, j’étais sur BFM TV juste avant lui sur le plateau de Ruth Elkrief et il est intervenu dix minutes après moi. Et, à midi, je faisais les « Grandes Gueules », sur RMC, et lui était sur Europe 1, juste avant Alain Juppé. Voilà, mais il est vrai que cette situation est, disons… un peu amusante. Nous avons eu des discussions, bien sûr, mais je ne vous dirai pas lesquelles.

De votre côté, pourriez-vous entrer dans un gouvernement Fillon ?

Ce sont des questions très prématurées que je ne me pose pas aujourd’hui. Ce que je veux, c’est la victoire d’Alain Juppé dimanche.

 

http://www.sudouest.fr/2016/11/23/alain-juppe-a-de-meilleures-chances-a-la-presidentielle-2577798-2780.php

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