Il est irresponsable de proposer à nos futurs jeunes actifs des formations qui ne délivrent aucune compétence recherchée par les entreprises.

En septembre 2020, ils étaient 284.800 à rejoindre les bancs de l’université pour une première année de cursus de licence. Une promotion de nouveaux bacheliers qui a -comme aime à le répéter l’ancienne génération- “l’avenir devant elle”. Vraiment?

En effet, devant la popularité croissante des disciplines générales (+5% des inscrits à la rentrée 2020 selon le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), difficile de ne pas poser la question qui dérange: quel avenir pour les étudiants de ces filières? Avec l’ombre de la crise sanitaire qui plane sur un futur déjà incertain, il paraît irresponsable de proposer à nos futurs jeunes actifs d’accéder en masse à des formations qui ne délivrent aucune compétence recherchée par les entreprises.

L’insertion des jeunes diplômés est de plus en plus complexe. À qui la faute? À des certifications fantômes et à des parcours trop empruntés par rapport à la demande réelle.

On le sait, l’insertion des jeunes diplômés est de plus en plus complexe. À qui la faute? À des certifications fantômes et à des parcours trop empruntés par rapport à la demande réelle sur le marché du travail. À l’inverse, des formations en pénurie de talents dans la santé appliquent un numerus clausus strict. Une situation paradoxale à laquelle personne ne semble prêt à apporter une solution. Et s’il s’agissait d’inverser la tendance? En l’état, le système universitaire faillit à sa fonction et ce n’est pas au marché du travail qu’il prépare des centaines de milliers de jeunes, mais à celui du chômage. Le véritable écueil: traiter la formation et l’insertion comme deux entités distinctes et hermétiques, alors qu’elles sont co-dépendantes.

Devant l’urgence de la situation étudiante, il faut avoir le courage de proposer une solution capable de rivaliser avec l’ampleur du problème. Reprenons l’exemple du numerus clausus: l’accès à la filière médecine est aujourd’hui limité. Recherche d’excellence me direz-vous? Mais alors pourquoi alors que de nombreux talents sont laissés sur le bas-côté, faute de place, fait-on appel à des médecins étrangers dont l’équivalence des diplômes est soit automatique si le diplôme a été obtenu dans l’un des 27 pays européens soit dépendante d’accords bilatéraux, ce qui ne garantit donc pas nécessairement le même degré de sélection. Aberrant? Et pourtant, l’absurdité ne s’arrête pas là. Alors qu’une filière aussi nécessaire et en demande est bridée par des quotas, d’autres parcours universitaires, comme les sciences humaines et en particulier la sociologie, accueillent des étudiants dont l’avenir est d’ores et déjà, pour beaucoup d’entre eux, compromis. Comment imaginer qu’ils puissent trouver une place sur un marché du travail saturé? Et pourtant, l’accès à ces domaines n’est ni limité ni encadré.

Devant ce constat désespérant, n’est-il pas temps d’oser ôter les œillères et d’avoir le courage de s’adapter à la réalité telle qu’elle est et non pas telle que l’on voudrait qu’elle soit ? Il ne s’agit plus de retarder l’entrée des jeunes sur le marché du travail, voire pire dans le cas du chômage. Ni de tenter désespérément de changer le marché du travail en l’inondant de talents mal formés dont il n’a que faire. Il s’agit de garantir à nos étudiants une employabilité immédiate en proposant une formation en adéquation avec les besoins des entreprises. Alors, cessons de reproduire les erreurs des dernières décennies. Il est temps de proposer aux bacheliers, de futurs jeunes actifs et membres à part entière de la société, des formations susceptibles de révéler leurs talents et dans lesquelles ils ont une chance de s’épanouir pleinement, en ne connaissant pas le chômage. À l’heure des inscriptions sur Parcoursup, et des choix pour les étudiants, envisager un numerus clausus qui serait actualisé en fonction des grandes mutations du marché du travail permettrait d’éviter de laisser des jeunes s’inscrire massivement dans des voies de garage.

85% des écoliers exerceront en 2030 un métier qui n’existe pas encore.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Par exemple le secteur du numérique recrute 2,5 fois plus que les autres secteurs et semble mieux résister à la crise que les autres (Pôle Emploi, 2020). Mais surtout le numérique est une compétence transversale qui inonde l’ensemble des secteurs d’activité. Le marketing digital est aujourd’hui nécessaire pour dynamiser un chiffre d’affaires dans tous les secteurs. Le monde des industries créatives, et notamment l’incroyable essor du jeu vidéo, boosté par la pandémie et les confinements successifs, offre des potentiels de recrutements considérables. Et si 85% des écoliers exerceront en 2030 un métier qui n’existe pas encore (Source: Institut du Futur et Dell, rapport 2017), nous sommes certains que la maîtrise des technologies numériques sera indispensable.

Virginie Calmels est présidente fondatrice de FUTURAe, école des métiers de demain.